TANGEREUSE IN PARIS...

Publié le par Stéphanie GAOU-BERNARD

Paris est là, avec son ciel de cendre offert en toile de fond à mes yeux écarquillés d'orpheline mauresque. Où est donc cet éclat azur qui peint d'une charge lourde les cieux de mes printemps tangérois? La voûte ici est comme lavée d'une eau sale de serpillière.

A déambuler ainsi, âme seule pleine de monde, anonyme, j'ai cherché par les ruelles l'émoi qui eût pu m'étreindre. Mais je n'y ai trouvé que des gens. Affairés, pressés. Des gens oppressés qui s'occupaient pour se détourner du monde. Je n'ai trouvé que des gens et rien d'autre. Personne. Paris m'a semblé comme une immense église aux paroissiens païens, lassés de ses grandeurs, faite de siècles et de vanité, ville riche d'institutions aux essences oubliées.

A déambuler ainsi, j'ai repensé non sans cette pointe d'amertume à mes chaussées sales de Tanger où l'on s'ennuie presque à mourir, à ces gueules bistres de mes beautés andalouses, à cette jetée de bleu du ciel dans le bleu du Détroit. J'ai repensé au calme d'Olympe des venelles entrelacées de la Kasbah par un vendredi après-midi. Je suis passée des travées d'église aux arches de la mosquée.

Plus que libre car seule, j'étais en moi-même comme en corps étranger, l'œil neuf et nu, marchant en attente du déclic, de l'étincelle. Et l'étincelle est venue parce que j'ai marché longtemps. Enfin. Belle promesse. Elle portait des boucles flamme, ses lèvres étaient pulpeuses, l'étincelle était féminine et multiple. Elle portait des vagues de cheveux sombres, grande fille à la majesté lunaire, la coupe d'argent à la main, remplie de Chianti. L'étincelle était bohème et masculine. Se gorgeant de bière et de cigarettes. Ou maternelle aux suavités délicates. Elle était ces rencontres-là, chacun de ces êtres qui constituent l'espoir de la vie. Elle était roublarde, orientale. Sensuelle et musicale. Aux doigts d'or. Langue de feu. Mon fleur de peau.

Mon étincelle. Son nuage. Son évanescence.

Mon étincelle. Ma parisienne.

© Stéphanie GAOU-BERNARD

Tanger [14.6.9]

Publié dans TEXTES

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Souad 01/06/2010 01:28


Texte étonnant, touchant qui m'a emporté sans visas ni passeports(chanson populaire marocaine)entre le Paris des gens qui s'étourdissent et passent à côté de l'essentiel et la sensibilité d'une
femme qui respire la vie...qu'il soit béni celui qui a créé le Verbe parce que la réalité n'est pas suffisante...


bouzid 04/05/2010 11:18


grande fille mudéjar! la moiteur de l'air et les cornes de brume des bateaux ont eu raison de la parisienne que tu es, ton texte est un vrai délice parfumé au chianti:)


joel 21/04/2010 18:17


écriture pleine de bon sentiments à la limite emphatique.
surjouer au théâtre, surécrire sur un blog.

miroir oh mon miroir dis moi que je suis la plus belle.


Stéphanie GAOU-BERNARD 21/04/2010 23:09



Ce n'est pas ce que dit mon miroir, mais si c'est ce que vous ressentez à la lecture de mes modestes textes, qu'y puis-je? Merci de vous y être arrêté en tout cas, je reste avec mon emphase, moi
qui vise à l'épure, je me suis plantée... Amitiés



Dominique DESPLAN-LUDIM 17/04/2010 21:50


Sourire de vous lire, de vous voir voir paris et le conquérir de vos mots, vous êtes dans paris, la poésie furtive qui nous manque à nous citadin: l'attente d'une rencontre. Nous parisien qui
sommes si agressif. Nous sommes dans un flux, un mouvement aveugle que nous répétons inlassablement sans, jamais, oser en rire, rire de nous même...


Jetelle 26/03/2010 15:01


Bonjour.
En passant par l'Île des Poètes Immortelles, j'arrive chez toi et je découvre ce texte plein de sentiments, d'odeurs et de couleurs.
J'aime beaucoup.
Bises de Normandie. Jetelle.