SANS TITRE [IMAGE A LIRE] Texte d'après photo (© Xavier Zimbardo)

Publié le par Stéphanie GAOU-BERNARD






Il y avait l’homme de la mer. Mais aussi du fleuve. Il était né quelque part entre Saint-Louis et la frontière mauritanienne, celle qui donne accès aux forteresses du désert.

 

Portée par les rythmes tambourinés les jours de célébration au village, sa mère l’avait mis au monde une après-midi de grand vent, c’était tout ce dont elle lui avait dit se souvenir, et depuis, il n’avait eu de cesse de rêver de cheveux emmêlés, de bourrasques vives, de chants mystiques bercés par l’harmattan ivre.

 

Et là, c’était jour de fête. Et lui qui n’avait jamais osé, sa vie durant, prendre part aux danses rituelles, sacrifiait son grand âge et ses gestes à la danse Ndöep, la danse sacrée, celle qui sait parler aux esprits. Le sol à ses pieds, c’était comme s’il se dérobait tant les martèlements de ses bonds sardoniques lui procuraient la sensation trouble, euphorisante, de n’être plus homme déjà, de s’être fait oiseau.

 

Nimbé d’une lumière laiteuse rendue plus forte encore par l’immaculé éclatant de son boubou, il se déplaçait dans les airs, libre, libre peut-être comme aucun autre homme ne l’avait été avant lui.

 

Tourbillon, tornade, sursauts. Cyclone. Sa danse l’assimilait aux caprices de la nature.

 

On le surnommait avec respect le vieux aux ailes de vent. Lui seul savait s’adresser aux morts, lui seul connaissait les secrets des fétiches.

 

Face à lui, nous n’étions rien. Rien. Vraiment rien. Rien d’autre que de jeunes fous qui, pensant danser, ne sachions que batifoler dans la fange poussiéreuse. Nous étions tellement subjugués par la force et la célérité de sa chorégraphie. Nous avions encore tant à apprendre, nous sembla-t-il soudain. La beauté de ses mouvements nous réduisit à un silence religieux.

 

Et tandis que les tamtams, rendus fous par la transe des musiciens, résonnent comme par nuit de tempête, nos cœurs admiratifs frissonnent et nous faisons le vide.

 

Les ailes du vent nous intiment au silence. Alors, ça y est ? Alors, silence ?

 

Oui.

 

Silence.

 

© Stéphanie GAOU-BERNARD

Tanger [10.2.9]


Photo: Copyright Xavier Zimbardo
 


Je remercie de tout coeur Xavier Zimbardo, photographe professionnel, qui a eu l'extrême bienveillance de me laisser mettre en ligne la photo qui m'a inspiré ce texte. Pour les amateurs d'images sensationnelles - au sens, passeuses de sensations -, je vous conseille une visite approfondie de son siteXavier Zimbardo.com
, et pour ceux qui désirent mieux connaître Saint-Louis du Sénégal, je les incite à parcourir la série photos Saint-Louis, c'est superbe et je n'aurais pas pu faire mieux.

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eva baila 11/03/2009 23:26

Un écrit habité...

Stéphanie GAOU-BERNARD 12/03/2009 12:43


@ Eva: La photo l'était aussi, et l'Afrique est bien sûr une terre vraiment habitée, merci du passage, j'espère que vous allez bien


Or 23/02/2009 09:15

J'y suis... lâcher prise...

Stéphanie GAOU-BERNARD 23/02/2009 09:50


@ Or: Oui, respirer, prendre l'inspiration et lâcher prise, c'est exactement ça...


sylvie 18/02/2009 16:45

Je reviens me recueillir...
Hier, la beauté de cette scène m'avait laissée sans voix...
Chez toi, j'oublie mes rivages pour des terres en feu et des communions impensables.
Sois en à jamais remerciée!

Stéphanie GAOU-BERNARD 18/02/2009 17:02


@ Sylvie: Chacune fait chez l'autre un voyage des extrêmes, et c'est en soi un bel échange, je te remercie d'être toujours là, tu fais partie des fidèles que je chéris!!


Anne 18/02/2009 14:19

C'est une belle surprise ce texte à partir de la photo ! J'étais loin de m'imaginer que cela t'avais inspiré ce type de scène ! Comme quoi, chaque univers, chaque interprétation nous est propre !

Et le beau torse ? Non ? il ne t'a pas inspiré ? LOL ;o)

Des bises mamzelle !

Stéphanie GAOU-BERNARD 18/02/2009 17:01


@ Anne: tu vois, je t'ai prise au mot!! Et puis, la danse africaine, c'est mon dada!!! Le torse, non, je crois qu'il se suffit à lui-même, en parler serait lui enlever sa beauté polarisante, ahaha,
petite coquine...


Thierry Benquey 18/02/2009 10:53

Merci pour le voyage au creux de tes mots
THierry

Stéphanie GAOU-BERNARD 18/02/2009 16:59


@ Thierry: je ne sais rien écrire, à part les voyages, les voyages intérieurs peut-être, finalement, c'est déjà ça, non?