Partager l'article ! SANS TITRE [IMAGE A LIRE] Texte d'après photo (© Xavier Zimbardo): Il y avait l’homme de la mer. Mais aussi du ...
Il y avait l’homme de la mer. Mais aussi du fleuve. Il était né quelque part entre Saint-Louis et la frontière mauritanienne, celle qui donne accès aux forteresses du désert.
Portée par les rythmes tambourinés les jours de célébration au village, sa mère l’avait mis au monde une après-midi de grand vent, c’était tout ce dont elle lui avait dit se souvenir, et depuis, il n’avait eu de cesse de rêver de cheveux emmêlés, de bourrasques vives, de chants mystiques bercés par l’harmattan ivre.
Et là, c’était jour de fête. Et lui qui n’avait jamais osé, sa vie durant, prendre part aux danses rituelles, sacrifiait son grand âge et ses gestes à la danse Ndöep, la danse sacrée, celle qui sait parler aux esprits. Le sol à ses pieds, c’était comme s’il se dérobait tant les martèlements de ses bonds sardoniques lui procuraient la sensation trouble, euphorisante, de n’être plus homme déjà, de s’être fait oiseau.
Nimbé d’une lumière laiteuse rendue plus forte encore par l’immaculé éclatant de son boubou, il se déplaçait dans les airs, libre, libre peut-être comme aucun autre homme ne l’avait été avant lui.
Tourbillon, tornade, sursauts. Cyclone. Sa danse l’assimilait aux caprices de la nature.
On le surnommait avec respect le vieux aux ailes de vent. Lui seul savait s’adresser aux morts, lui seul connaissait les secrets des fétiches.
Face à lui, nous n’étions rien. Rien. Vraiment rien. Rien d’autre que de jeunes fous qui, pensant danser, ne sachions que batifoler dans la fange poussiéreuse. Nous étions tellement subjugués par la force et la célérité de sa chorégraphie. Nous avions encore tant à apprendre, nous sembla-t-il soudain. La beauté de ses mouvements nous réduisit à un silence religieux.
Et tandis que les tamtams, rendus fous par la transe des musiciens, résonnent comme par nuit de tempête, nos cœurs admiratifs frissonnent et nous faisons le vide.
Les ailes du vent nous intiment au silence. Alors, ça y est ? Alors, silence ?
Oui.
Silence.
© Stéphanie GAOU-BERNARD
Tanger [10.2.9]
Photo: Copyright Xavier Zimbardo
Je remercie de tout coeur Xavier Zimbardo, photographe professionnel, qui a eu l'extrême bienveillance de me laisser mettre en ligne la photo qui m'a inspiré ce texte. Pour les amateurs
d'images sensationnelles - au sens, passeuses de sensations -, je vous conseille une visite approfondie de son siteXavier
Zimbardo.com , et pour ceux qui désirent mieux connaître Saint-Louis du Sénégal, je les incite à parcourir la série photos Saint-Louis, c'est
superbe et je n'aurais pas pu faire mieux.