IMPRESSIONS A VIF (retour d'afrique)

Publié le par Stéphanie GAOU-BERNARD

La géographie architecturale des édifices 50 de Dakar. Les allées bordées d’arbres et bougainvillées qui jaillissent en désordre des murs d’enceinte.

Filaos chevelus, manguiers, fromagers, baobabs gigantesques, palmiers ployés sous l’harmattan, garrigue broussailleuse.

Charniers en train de se dissoudre sur la nationale qui mène de Dakar à Saint-Louis, ruban goudronneux. Fournaise. Les vautours dissécateurs faisant leur ronde carnassière près des corps bovins.

L’air qui vibre, tournoie. La route au loin se dessine liquide et mouvante, mirage fugace.

Puis les troupeaux de chèvres vives et bondissantes, les bœufs cornus à la robe laiteuse, les étourneaux, les hérons, la pâle ligne grise du fleuve Sénégal sur les berges de Sor, la barrière âpre et volcanique de l’océan atlantique qui gronde sur la plage de Ndar.

Le vent poussiéreux, une lumière de sable, ocre vieillissant.
Les ruelles peuplées, lourdes d’enfants en guenilles beaux et nus comme des angelots pétrole.

Les nuées de femmes, toutes plus racées les unes que les autres, véritable chapelet de tenues bariolées, virevoltantes reines de ruches humaines.
Les coiffures ouvragées avec art, les devantures d’échoppes populaires, les caddies roulants qui vendent du Nescafé.

Les appels nasillards à la prière des mosquées mourides qui pullulent dans les villages comme des champignons.

Les réunions en plein air à l’occasion d’un baptême ou d’une discussion religieuse où chacun, paré de ses plus beaux atours, assis sur une chaise en plastique, donne toute sa splendeur au mot palabres.

Etoffes scintillantes, wax et java, tissus de coton léger, voiles mauritaniens aux motifs pointillés aériens et souples. Démarche des hommes aux boubous vastes qui leur confèrent des allures d’oiseaux de haut vol qui déploieraient leurs ailes pour le grand voyage.

Les « cars rapides », véritables taudis ambulants, carcasses de tôle peinturlurées comme des putains sans retenue, bolides brinquebalants pleins à craquer d’enfants, de peuple, assaillis par des grappes de « s’en fout la mort », de jeunes gaillards vigoureux qui ne craignent rien de la vie, jouant avec elle jusqu’à la ridiculiser.

Grande leçon de philosophie. Et souffle de vie jusqu’à l’étourdissement…

 

© Stéphanie GAOU-BERNARD

Tanger [6.2.9]

Publié dans TEXTES

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Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) 11/03/2009 20:59

super ce blog tout nouveau tout beau

je suis comme un gosse à qui on a livré toute la hotte du père noël d'un coup

bon je farfouille un peu partout et je repasse

bises

phil

Stéphanie GAOU-BERNARD 12/03/2009 12:42


@ Phil: merci, je ne me savais pas Mère Noël... Je me suis dit qu'avec le printemps qui pointe son nez, les couleurs seraient les bienvenues, je vois n'avoir pas eu tort... Je t'embrasse


edouard 17/02/2009 17:32

C'est du spontané drôlement bien ficelé dis donc. Et quel esprit d'observation fine, quelle façon bien vivace de transmettre tes sensations ! Moi je voyage surtout dans ma tête. C'est tout petit et c'est infini à la fois; mais ça n'a pas toujours la palette aussi riche que toi. My congratulations, beauty queen.

Stéphanie GAOU-BERNARD 17/02/2009 20:02


@ Edouard: ça me fait plaisir que tu viennes lire mes petites errances à travers le globe, j'aimerais tant pouvoir en faire plus, mais c'est une question de pépètes. Partir en Afrique, ça coûte la
peau des ..., mais je compte bien y retourner bientôt, j'ai vraiment beaucoup aimé, gros coup de foudre!! Je t'embrasse, merci de passer par ici de temps en temps, mon Cher Edouard...


Gilles Arnaud 13/02/2009 10:32

Bonjour Stéphanie,

Pendant que tu étais au Sénégal, je ne suis pas venu sur ton blog. Hasard. Hasard étrange parce que cette absence semble être synonyme de changements plus profonds qu'une simple absence, qu'un simple interlude.

On est ébloui au Sénégal ?

Je ne connais aucune des terres subsahariennes. J'ai voyagé un tantinet au Maghreb. Je crois que cette Afrique me fait peur. Peur de réagir comme les étrangers qui vont en Inde plein d'idéalisme et jettent leurs papiers dans le Gange au bout de 15 jours, avant de se faire rapatrier par Europ Assistance.

J'ai l'impression de partager une partie de l'étourdissement dont tu nous fait part.

Amitiés
Bisous
Gillou

Stéphanie GAOU-BERNARD 13/02/2009 13:02


@ Gilles: Intéressant ton propos. Je gardais en tête un peu les mêmes craintes, mais je te rassure, je n'ai pas été rapatriée par Europ Assistance, bien au contraire, le Sénégal que je ne savais
pas comment imaginer m'a dessillée si l'on peut dire et je suis heureuse d'en avoir dépoussiéré certains clichés qui me semblaient déjà vains et qui m'apparaissent maintenant comme une débilité
d'européens imbus de leur petit confort. Alors, oui, je crois que certains se complaisent dans l'idée d'une Afrique pouilleuse, sale, pauvre, ça leur permet probablement de mettre le moteur
HUMANISME à fond les manettes, mais il y a aussi - au-delà de la misère (qui existe finalement bien partout à des degrés divers) de l'énergie, du souffle, une démerdance positive, un souci de
discuter, de comprendre, de s'arrêter, que j'aime chez ces peuples. Et puis, il y aussi de l'opulence, de l'excès, de la richesse dont nous n'aimons guère parler - car nous n'aimons pas voir ceux
des pays en voie de développement nous dépasser en qualité de vie & standing - mais ceux-là font aussi (à leur manière) avancer leur pays, créent des sociétés, sortent, voyagent, exploitent
forcément... Il y a plusieurs pays à voir dans le même et j'ai toujours refusé l'idéalisme vain de nos cultures colonisantes, je ne cultive pas la nostalgie des pays sous emprise européenne, bien
au contraire, ils doivent à présent s'assumer comme ils sont et c'est bien ainsi. Tout ça pour te dire que tu as un sens aigü et qu'effectivement pour moi, c'est un peu une charnière dans
ma vie, le moment de reprendre souffle, de voir ailleurs si j'y suis. Mais il faudrait que mon mari suive et c'est moins certain, nous verrons bien, je m'en fie à mon instinct. Je t'embrasse,
heureuse de te revoir par chez moi...


Dom 10/02/2009 18:48

Juste pour te remercier de décrire si bien l'atmosphère de Dakar, nous faire partager par ton écriture ce qui t'a marqué, les couleurs, le rythme, l'invitation aux rassemblements de toute sorte,...

Stéphanie GAOU-BERNARD 13/02/2009 12:52


@ Dom: merci à toi de me suivre dans mon travail de description en respectant autant que possible les premières impressions. Ce fut un bon moment, je crois que cela me manque déjà...


OLIVIA 10/02/2009 11:34

Dans ce texte tout y est dit .. DE LA VIE .. qui éclate de partout là-bas .. et vu d'ici que l'on se sent étriqués .. à tous les niveaux !!..
Un grand merci, Stéphanie, d'avoir su si bien capter ces ambiances et de nous faire partager ton talent pour les retranscrire .. ON Y EST !!

Stéphanie GAOU-BERNARD 10/02/2009 12:06


@ Olivia: C'est ce que je me suis dit en voyant les gens dans la rue: comme l'on peut se sentir étriqué à force d'être policé, fondu dans la masse, à trop vouloir passer inaperçu, bien faire, faire
bien. Là-bas, la vie ne fait pas de cadeau, mais la démerdance optimiste des gens donne une bonne claque. Il y a un joli proverbe en wolof qui dit "L'homme est le remède de l'homme." Cela implique
qu'il est aussi son problème, mais par la discussion, on doit pouvoir arriver à s'entendre, au lieu de se taper dessus. C'est déjà le début d'une grande intelligence. Merci à toi de cet
enthousiaste commentaire, je te dis à bientôt et t'embrasse.